B2 – Le conditionnel présent avec la chronique du tocard

Lisez la chronique suivante et répondez aux questions de compréhension.
Si maman était présidente, la France n’aurait aucune dette. Wallou (1). Elle ne vivrait jamais à crédit. Elle serait même excédentaire ! L’argent en trop servirait à aider ceux dans le besoin : la fraternité avant tout. 

Économiquement, la France serait un modèle pour tous les autres pays du monde. On viendrait des quatre coins de la terre copier le modèle français. Ma mère n’a pas fait d’études mais comme toutes les autres daronnes rebeus, elle met à l’amende (2) tous les économistes du monde entier. D’ailleurs, le jour où on mettra une de nos maman à la tête du FMI, on aura fait un grand pas vers l’égalité. Et pourquoi pas supprimer les dettes des pays du Sud pour qu’ils puissent enfin devenir libre économiquement. 

Si ma mère a pu nourrir, loger, habiller, offrir une éducation à ses neuf mômes (et prendre soin de son homme) avec 10000 balles (salaire plus allocs (3) : 1500€) par mois, imagine alors ce qu’elle pourrait faire avec le budget d’un pays comme la France, cinquième puissance économique mondiale. 

D’abord, maman mènerait la guerre au gaspillage de l’eau. “Trop, c’est trop”, qu’elle répète souvent ! Nicolas Hulot ou Yannick Jadot ont beau se la raconter : ils n’ont rien inventé du tout ! Ma mère a été écolo bien avant eux. Sans le savoir, elle œuvre depuis plus de 60 ans pour la protection de la planète. C’est pour cela qu’elle appliquerait à la lettre pour la France ce qu’elle a toujours fait dans son F5 de la cité Maurice Thorez. 

Finies toutes ces chasses d’eau qui coulent sans arrêt. Ma mère mettrait en place dans chaque foyer, comme elle l’a fait dans son appartement, un système d’eau économique, avec un double bouton, qui permet d’activer une petite ou une grande chasse d’eau.

“Et puis, pourquoi diable se laver tous les jours”, comme le dit ma mère ? Deux, trois douches maximum, par semaine suffisent largement. Tout le monde le sait : se laver trop fréquemment abîme notre peau. Au lieu de faire des douches complètes tous les jours, on pourrait juste faire une toilette express, en nettoyant visage, pieds, zones intimes et aisselles. Pour la vaisselle, idem. Deux bassines : l’une pour laver, l’autre pour rincer. Comme pour la douche, les eaux usagées pourraient servir à laver le sol, ou nourrir la chasse d’eau. 

Si maman était présidente, elle mènerait également une campagne contre le gaspillage de nourriture. Pas normal pour elle de voir tous ces gens qui n’ont pas de quoi manger. Elle, par exemple, ne jette jamais rien. Chez elle, c’est le Secours Populaire !, comme elle dit. Chacun est le bienvenu. Si par bonheur, à la fin de la semaine, il reste un peu de riz, des patates ou de la viande, elle appelle ses enfants ou ses amis pour qu’ils viennent vider les marmites. Si personne est disponible, elle descend en bas de son immeuble donner les restes aux pigeons….

Comme elle n’en peut plus de voir tous ces supermarchés balancer des cartons entiers de bouffe, elle ferait voter une loi pour interdire aux grandes enseignes de foutre les invendus à la poubelle. Les surplus partiraient directement dans les foyers de sans abris.

Si maman était présidente, et comme le budget serait excédentaire, elle mettrait du pognon (4), énormément de pognon dans l’éducation. Comme elle n’a pas pu aller à l’école, elle sait que plus quiconque l’importance d’une scolarité de qualité. Pour elle, tout le monde doit bénéficier du meilleur enseignement possible. Il n’y aurait pas une école à deux vitesses. Par exemple, il y aurait deux professeurs dans les classes difficiles et cours seulement le matin. En France, les enfants vont à l’école huit heures par jour. C’est beaucoup trop. Au bout de quatre heures, les mômes n’ont plus de cerveau disponible pour la concentration. Tous les après-midi, les élèves iraient faire du sport, pour ceux qui aiment transpirer, les autres pourraient apprendre un instrument de musique ou s’essayer à la peinture, au théâtre.

Si maman était présidente et c’est encore elle qui me l’a dit, elle ferait tout pour diminuer la violence dans notre pays qui a atteint un niveau de haine abyssale. En plus de toutes les mesures qu’elle prendrait pour réduire les inégalités qui permettraient déjà de soulager certaines personnes à cran, elle mettrait le paquet (5) sur la police de proximité.

Moins de police pour trois fois plus d’éducateurs. Pas seulement dans les quartiers populaires mais aussi dans les campagnes où beaucoup de jeunes s’emmerdent (6). Maman ferait voter également la gratuité pour tous les clubs de sport. La boxe pour tous. L’athlétisme pour tous. L’équitation pour tous. Le tennis pour tous. La piscine pour tous. La gratuité aussi dans les transports. Des métros, des bus et des trains qui fonctionneraient toute la nuit. Les gens n’auraient plus besoin de frauder. Du coup, on diminue le stress de tout le monde. Plus de bagarre entre usagers et contrôleurs. Les banlieusards, premières victimes de la discrimination spatiale, n’auraient pas à stresser pour ne pas louper le dernier RER. Les “gens de la nuit” profiteraient aussi de ce surplus de population : bars, restaurants et boîtes de nuit verraient leurs activités en hausse. Ils pourraient aussi embaucher plus de personnels.

Si maman était présidente, elle penserait aussi au bien être des gens. Le moral, le mental. Si les Français vont bien, ils consomment plus et travaillent mieux. L’économie nationale y gagne. Un pays qui a du fric s’occupe en priorité de la santé de ces concitoyens. L’hôpital de qualité pour tous. Chaque Français aurait droit à un massage gratuit par semaine, à une cure thermale par an. Depuis que maman est allé chez le kiné pour son dos, elle ne jure que par ça ! Elle prendrait aussi des mesures radicales pour qu’on s’occupe enfin des “vieux”. Depuis que son Mohand est malade, elle se rend compte de certaines choses, de tous les dysfonctionnements. De ce qu’il se passe à l’intérieur de tous ces mouroirs où pourrissent nos anciens. Un pays qui laisse crever (7) ses vieux n’est pas digne de s’appeler une civilisation. 

Si maman était présidente, il y aurait la liberté pour toutes les religions mais il n’y aurait qu’un seul Dieu. Même pour celles et ceux qui ne croient pas en Lui. Il y aurait des lieux de cultes en proportion aux nombres de croyants. Et même des endroits pour les athées, où ils pourraient ne pas croire tranquillement.

Si maman était présidente, la France retrouverait tout de suite le sourire. La daronne (8), malgré toutes les galères qu’elle a vécues, tient toujours un discours positif. Elle pense qu’on n’a pas le choix et qu’il faut, malgré tout, aller de l’avant. On dirait qu’elle a suivi des études de coach mental. Je sais qu’elle se battrait pour chaque citoyen français comme si c’était ses propres enfants. Ils seraient tous à égalité : pas de favoritisme. Tout le monde logé à la même enseigne. 

D’abord les autres, elle après. La politique au service de ceux qui l’ont élue. Et pas l’inverse. 

(1) wallou: rien
(2) mettre à l’amende: punir
(3) alloc: allocations familiales
(4) pognon: argent
(5) mettre le paquet: mettre beaucoup d’énergie
(6) s’emmerder: s’ennuyer
(7) crever: mourir
(8) daronne: mère

Nadir Dendoune

Source: Le courrier de l’Atlas

Questions de compréhension:



Dans cette chronique, l’auteur imagine ce que ferait sa mère si elle était Présidente de la République française. Pour cela, il utilise le conditionnel présent.
Rappel:

Exercice 1:


Exercice 2:


Et vous, que feriez-vous si vous étiez Président?